Editorial du Prof Madeleine Leonard, Research Forum for the Child, Queen’s University, Belfast
Quelles sont les expériences et perceptions propres aux enfants qui grandissent au sein de sociétés ethniquement et politiquement divisées ? Quel est l’impact sur leur vie quotidienne et leurs perspectives de vies ? Le Research Forum for the Child de la Queen’s University à Belfast a tenu en juin 2010 une conférence multi-disciplinaire qui a rassemblé plus de 70 spécialistes de plusieurs pays, autour de cette question.
En plus du thème central des expériences et perceptions, les présentations ont clairement illustré l’importance de percevoir le type de divisions qui influencent la vie quotidienne et les perspectives de vies des jeunes d’aujourd’hui. Les orateurs ont cherché à remettre en question les simplifications inhérentes à une vision homogène de l’enfance et/ou de l’adolescence, soulignant plutôt le besoin de contextualiser les vies des enfants dans le temps et l’espace, en reconnaissant tout autant les contraintes que l’agir. De plus, en détaillant les micro géographies des enfants et en donnant une voix à leurs récits souvent circonscrits localement, l’importance de situer ces derniers dans des macro transformations en cours dans la société, la culture, la politique et l’économie, devint évidente et révélatrice.
Au sujet des divisions ethniques et politiques, un certain nombre de présentations ont traité du rôle des systèmes éducatifs, des programmes et des pratiques pédagogiques particulières, qui remettent en question, (re)façonnent ou renforcent ces divisions aussi bien au niveau collectif qu’individuel. Les pratiques, processus et discours dominants dans les écoles, et leur impact sur les notions d’identité, les perceptions du nationalisme, des attitudes sectaires, et des préjugés, ainsi que les différentes manières de comprendre « l’autre » et « soi » furent des thèmes clés. Au moyen d’une vaste gamme d’instruments méthodologiques, certaines présentations traitèrent de dessins et récits d’enfants, afin d’illustrer la façon dont ils comprennent et négocient les complexités et contradictions inhérentes aux sociétés divisées de manière flagrante ou subtile. Les présentateurs ont cherché à évaluer de manière critique les politiques et pratiques d’éducation, et à mettre en évidence le besoin d’approches contextualisées à plusieurs niveaux, formelles et informelles, propres à encourager une appréciation de la diversité et du respect. Alors que de nombreux textes parlaient de la situation en Irlande du Nord, il y eut aussi des éclairages intéressants venant d’Australie, de Bosnie-Herzégovine, du Brésil, du Canada, de la République démocratique du Congo, d’Allemagne, du Liban, de Malaisie, du Mexique, de Palestine et de Turquie.
Parmi les contributeurs, plusieurs insistèrent sur la pertinence des facteurs de pauvreté, de classe sociale et de genre dans le façonnage d’attitudes, de perceptions, et de perspectives de vie, tout en donnant sa juste place à la prise en compte des expériences quotidiennes des jeunes personnes. Ces trois aspects, souvent imbriqués, ont créé ou renforcé des barrières physiques, spatiales ou mentales, qui ont souvent répandu une mentalité « eux » et « nous » aussi bien parmi et entre les jeunes qu’entre les jeunes et les adultes.
Une sélection de présentations de la conférence sera publiée dans une édition spéciale du Journal of Sociology and Social Policy, en 2011.
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